SOUS LE SOLEIL DU TROPIQUE: ma transat racontée par Pauline

 Sous le soleil du tropique

Lorsque nous étions encore à la Gomera, je pensais souvent à l’inévitable, l’incontournable traversée qui allait suivre cette escale. A chaque fois, je la balayais de mes pensées aussitôt en me disant : « on en est pas encore là, on verra plus tard ». J’avais peur de ce que signifiait : être seule au milieu de la mer pendant un mois, peur que l’ennui, ressenti dans la première traversée, refasse surface. Quand on a commencé à faire la liste des choses à emmener, à ranger le bateau, à aménager un lit pour Agathe et pour Benjamin, c’était les signes d’un départ prochain ; mais c’est comme si mon cerveau se refusait à accepter que nous n’allions pas voir la terre pendant longtemps, et il continuait à me ressortir la même phrase : « on verra bien ». Puis, sans que je m’en aperçoive, je me suis retrouvée sur le pont du bateau, avec les Canaries qui s’éloignent. C’est que j’ai réalisé vraiment ce qui se passait. Même si j’avais encore du mal à l’envisager, j’ai commencé à réfléchir à ce que j’allais bien pouvoir faire pendant ces trois semaines de mer à venir.

 

Agathe et Benjamin, nos 2 équipiers pour cette transat.

Agathe et Benjamin, nos 2 équipiers pour cette transat.

La première semaine est passée sans encombre. On jouait beaucoup aux jeux vidéo et Benjamin et Agathe étaient là pour assurer la bonne humeur à bord. Il y avait peu de vent, donc peu de roulis. Il faisait chaud et on pouvait passer sa journée à lire, allongé sur le pont. Mais comme on n’allait pas assez vite, pas de poissons. On était sous spi (une nouvelle voile que papa s’était acheté alors qu’il en rêvait depuis des années) et le bateau avait des mouvements très doux. On s’arrêtait de temps en temps, lors des calmes plats, pour se baigner (lorsque l’on est propre et qu’on sent bon, la vie est plus facile). Rassurée, je me suis dit que ça pouvait durer pendant un mois.

 

Il y a plusieurs caps quand on fait une traversée. Lorsque l’on passe la première semaine en mer, subitement, le temps ne compte plus. C’est le premier cap. Comme si le corps avait soudain pris conscience que ce voyage allait être plus long que d’habitude. On entre dans le cercle de la routine. Ce n’est pas de l’ennuie, car on ne s’attend à rien, c’est-à-dire qu’on ne s’attend plus à vivre quelque chose de diffèrent. A partir de ce moment-là, j’ai arrêté de compter les jours. De toutes manière, ce n’est pas ça qui nous aurait fait avancer plus vite. Le deuxième cap, le plus important, (ou l’un des plus importants), c’est la mi-chemin. On célèbre une fête qui se nomme la st mi-chemin, et que les navigateurs connaissent tous très bien. Souvent, c’est l’occasion d’un apéro en face du coucher de soleil, mais comme, depuis 15 jours, on le faisait déjà tous les soirs, j’ai pas trop vu la différence. C’est quand même un très grand cap, car comme je l’ai dit à papa ce jours-là : « à partir de maintenant, on ne quitte plus les Canaries, mais on va vers les Antilles ».

une traversée de rêve, dans un soufle...

une traversée de rêve, dans un soufle…

Je crois que c’est à partir de là, qu’on a commencé à pêcher. Nous n’étions plus sous spi (quelque chose à cassé, en haut du mat, le rendant inutilisable pour la fin de la traversée), mais avec les deux génois en ciseaux. Traduction pour ceux qui n’ont pas compris : le vent venant de l’arrière, il s’agit de mettre un génois de chaque côté (le bateau ayant un génois normal et un génois léger) pour aller plus vite, sans l’aide du spi. Ayant une façon différente de naviguer, ça a commencé à mordre. Basile c’est tout de suite occupé de la pêche à plein temps. Moi, je m’occupais avec Benjamin de mettre de l’ambiance, en inventant des délires, et en faisant participer les autres. Papa faisait des gâteaux, des bananes flambées et des crêpes, maman des pancakes et des cakes salés, et Agathe faisait des mousses au chocolat et des gâteaux au yaourt. Comme vous voyez, les activités à bord reposaient beaucoup sur la bouffe. Avec Benjamin, on a préparé des pizzas et on a fait le service en théâtre d’impro. Toute la famille a participé, et je dois dire qu’il était un super partenaire.

Pauline à la caméra

Pauline à la caméra

Le dernier cap, je dirais que c’est celui de la dernière semaine. C’est là qu’on commence à s’ennuyer. Quand on m’a dit un matin, « on arrive dans une semaine », j’ai commencé à trouver le temps long. Jusqu’alors, c’était comme si le temps s’était arrêté. J’avais la même impression que dans Alice au pays des merveilles, quand elle tombe dans un trou sans fonds. On tombe, encore et encore, se demandant si un jour, on va enfin atteindre le fonds. Au bout de la troisième semaine, c’est comme si on apercevait une petite lumière en dessous. Alors qu’avant, je ne l’imaginais même pas, je suis soudain devenue impatiente d’arriver. Même la chienne, qui jusqu’alors restait couchée à se faire câliner par Agathe, a soudain commencé à être plus active. Je pense qu’elle a compris ce qu’on disait.

Seulement il restait une semaine de mer. Et cette semaine a duré pour moi plus longtemps que les trois autres réunies. Quel ennui, mais quel ennui ! Alors que je n’y croyais plus, on a aperçu la terre, enfin ! Le vent amenait les odeurs d’une baraque à frite. Soudain, j’ai vu un museau se dresser en l’air devant moi, et renifler. C’était Biguine qui venait de se réveiller. Elle avait l’air tellement heureuse…

Papa nous a descendus moi, Benjamin et Agathe avec l’annexe, puis est reparti chercher le reste de la famille. Nous nous sommes tous les trois assis, béats ; à regarder les gens passer, qui ignoraient totalement que nous avions vécu une si grande aventure.

 

Pauline

 

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